LLa semaine dernière a célébré la journée mondiale de la paix, une si discrète date pour un objectif presque hors d’atteinte. Il y a toujours de l’argent, des moyens et des hommes pour faire la guerre, mais il en manque toujours pour faire la paix. Encore que, pour un pays comme Mada­gascar, qu’aucune agression extérieure vraiment sensible n’est encore venue déranger ces cinquante dernières années, l’incapacité à faire la paix n’a d’égal que l’idée ancrée que la nation se fonde sur le «fihavanana». Un paradoxe assez étrange, n’est-il pas.
Parce que nous nous pensons férus de «fihavanana», de solidarité et d’empathie envers autrui, nous oublions que cette idée de vivre ensemble dans un respect mutuel est une éternelle
construction. Nous oublions que la paix est un acte et non une évidence.
Depuis la semaine dernière, l’affaire Soamahamanina atteint un nouveau cran de violence, propice à une implosion qui est une menace quasi-permanente sur Madagascar. La gestion musclée des manifestations, le rattrapage politique qui interpelle quant aux desseins qu’il cache et l’attitude incertaine du gouvernement ne font que corser le stress social.
Les décennies de notre histoire commune rappellent constamment l’usage exagéré de la force sur des civils.« Tzak, tzak, zato, arivo », se souvient-on, un certain mai 1972 : la même phrase semble se répéter à l’envi, dès lors qu’une crise se dessine. Mais tant de violences ne finissent-elles pas par étouffer ce qui, pourtant, devrait aider le gouvernement à gérer les crises sociales  Car ces manifestations sont une soupape qui dépressurise la frustration et qui permettent aux citoyens de se délester d’une part de leurs colères en se faisant entendre. La question n’est pas de déterminer si ces colères sont justifiées ou non, mais de pouvoir les partager d’une manière saine, calme et sans forcément ébrécher la paix sociale. Des crises, nous en aurons encore des brassées entières : contrairement aux apparences, notre prétendue «fihavanana» alimente bien des irritations qui ne disent pas toujours leurs noms. Notre paix est sur le fil du rasoir, en permanence.
Derrière ces lourdes interventions est souvent laissée en suspens l’idée de juguler des actes supposés dangereux qui menacent la sécurité publique. Mais comment juguler la violence présumée par la violence avérée  À l’inverse, malfrats et brigands font la loi dans les villes et les campagnes, sans vraiment affronter une résistance aussi coriace et comminatoire que celle opposée aux simples citoyens.
Ces colères, dévoyées par l’attitude incertaine de « leaders » politiques et excitées par les réponses brutales des forces militaires, deviendront demain des prétextes de violences.Nous ne pourrions même plus compter l’illusion d’un «fihavanana», puisque les soupapes auront explosé.
Et pourtant, qui veut la paix, discute.

 

Par Mialisoa Randriamampianina

L’Express de Madagascar

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