Malaise ou in­différence. Pour la plupart des malgaches lambda, c’est l’un des deux sentiments qui prévalent vis-à-vis du sommet de la Francophonie. Le pouvoir a, en toute vraisemblance, mal préparé l’opinion quant aux enjeux de l’accueil du sommet.
L’événement implique des décisions impopulaires impératives, telles que les expropriations, pour mettre en branle des chantiers comme les nouvelles routes. Difficile, toutefois, de convaincre une population qui lutte au quotidien contre la pauvreté lorsque des arguments abstraits et laconiques tels que le rayonnement international de la Grande île, ou encore, les « probables », retombées économiques, à long terme, sont mis en avant.
La communication étatique de départ soutenant, entre autres que, les chantiers d’infrastructures engagés sont « destinés à l’accueil du sommet de la francophonie », n’a, par ailleurs, eu d’effet que renforcer les ressentiments, surtout, chez ceux qui ont vu les efforts de toute une vie balayés d’un trait par les bulldozers. Pour d’autres, la peur de ne pas trouver une source de revenu alternative pour nourrir leur famille prend le dessus sur l’hypothèse que le rendez-vous ait un impact futur sur l’intérêt général.
L’imminence du sommet d’Antananarivo a, du reste, décidé, du jour au lendemain, les responsables à, « enfin », appliquer la disposition légale interdisant la circulation des charrettes à bras dans la capitale. Une application subite et quasi-immédiate sans mesure d’accompagnement, ni laisser aux concernés le temps nécessaire pour trouver une source de revenu alternative.

Enthousiasme
Obligé de revoir ses ambitions, le pouvoir a, également, rectifié sa commu­nication en soutenant qu’« il s’agit surtout de projet structurant, durable, pour embellir la capitale et pour les générations futures et non pas, juste, destiné au sommet de la Francophonie ». Il est, aussi, martelé que les travaux continueront après le sommet. Il semble, toutefois, trop tard pour renverser la tendance.
Quoi qu’il en soit, le sommet d’Antananarivo aura bel et bien lieu. Contrairement à l’antipathie ou l’indifférence populaire, l’enthousiasme international, à commencer par ceux des responsables au sein de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), laisse entendre que l’événement devrait être une réussite. « D’un point de vue logistique, nous sommes extrêmement satisfaits », avait déclaré Malik Sarr, directeur du bureau régional de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), dans l’océan Indien, dans une interview, publiée, le 15 novembre, pour faire taire les appréhensions.
En marge de la visite du chantier du village de la Francophonie, le 3 novembre, Michaëlle Jean, secrétaire général de l’OIF n’a pas tari d’éloges sur les préparatifs, en annonçant que le rendez-vous d’Antananarivo, devrait être l’un des plus réussis. Cette dernière, ayant débarqué à Madagascar, hier, a fait part de son exaltation dans un communiqué de presse.
« Ce XVIe sommet de la Francophonie, mon premier en tant que secrétaire générale, sera l’occasion d’illustrer la force de proposition et la force d’action de notre organisation. (…) La Francophonie est un espace de toutes les possibilités et de toutes les solutions. C’est donc, avec beaucoup d’espoir et d’enthousiasme que je me rends à Antananarivo pour partager avec tous les acteurs de l’espace francophone, et surtout, avec le peuple malgache, la promesse de cette Francophonie du XXIe siècle (…) », a déclaré Michaëlle Jean.
« Croissance partagée et développement responsable : les conditions de la stabilité du monde et de l’espace francophone », est le thème du sommet d’Antananarivo. La dynamique actuelle indique que l’État devrait être en passe de gagner son pari de réussir l’accueil du sommet. Face à l’enthousiasme international, le gros point noir des préparatifs pourrait être de ne pas avoir su associer la population à l’événement.

Garry Fabrice Ranaivoson